http://www.lanouvellerepublique.fr/Loir-et-Cher/Loisirs/Fetes-festivals/n/Contenus/Articles/2016/10/10/Va-t-en-!-ou-le-quotidien-feminin-2865545

Les organisateurs des Rendez-vous de l’histoire avaient-ils conscience de ce que le thème “ Partir ” pouvait parler à 49 % de la population mondiale, c’est-à-dire les femmes ? Inna Shevchenko, l’Ukrainienne leader du mouvement Femen, s’est légitimement posé la question, hier au cœur de la salle des États généraux du château. Elle s’est prêtée au jeu comme un nombre très conséquent de conférenciers et a réfléchi sur “ Partir ”. Mais le sens qu’elle a mis derrière ce “ go away ” n’avait encore pas été soulevé, et pourtant…

« Va-t-en ! Ce sont les mots les plus fréquemment entendus par les femmes dans leur vie. Quitte la scène alors que l’histoire est en route, l’histoire qui est faite et écrite par un club d’hommes. » Sur un ton volontairement militant, la jeune femme qui a trouvé asile en France en 2013 après avoir été torturée et menacée par le régime de Poutine, a égrainé tous ces lieux dont on exclut encore trop de femmes. Les bureaux de vote, les sièges parlementaires, les écoles dont 62 millions de filles sont interdites, jusqu’aux lieux publics dont on voudrait qu’elles s’effacent.
Qui privent les femmes de leurs droits à être elles-mêmes ? Les industries du sexe, les religions, les pouvoirs en place. « Notre mouvement Femen est un mouvement de rêveuses qui veulent changer le monde et ne demandent pas la permission de le faire. Nous entrons par effraction là où sont les hommes, avec nos voix de femmes, nos messages peints sur nos corps de femmes ! »
La blonde Inna s’est exprimée en anglais, tout comme la brune Taslima Nasreen. Autre pays, autre parcours de femme chassée et au militantisme acharné « jusqu’à ma mort ». Mais la barrière de la langue (leurs interventions étaient traduites a posteriori) n’a en rien entamé la force du message. « J’ai grandi au Bengladesh où on m’a fait répéter des versets du Coran comme un perroquet sans comprendre, car notre langue c’était le bengali. Jusqu’à ce que je tombe sur une traduction et là je suis devenue athée. Le Coran est le meilleur ouvrage pour devenir athée ! » Médecin devenue auteure de nombreux ouvrages, Taslima Nasreen a été bannie par une fatwa depuis plus de 20 ans déjà. « Je n’ai plus de chez moi, je passe d’un pays à l’autre. Ceux qui sont derrière moi, qui me soutiennent dans mon combat pour défendre le droit des femmes sont ma maison, mon pays. » Chantre de la laïcité, Taslima Nasreen poursuit son combat international, comme Inna Shevchenko. « Je ne regrette rien de ce que j’ai écrit ! »

Inna Shevchenko

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